Il ne faut pas mettre le jars avant la grue

Publié le par Gwen

Ouvertement inspiré du Merveilleux voyage de Nils Olgerson, et son célèbre dialogue entre le jars de ferme et l’oie sauvage, autrement dit entre le tâcheron et le patachon, le patapouf et le potache. Drôle de potlatch où l’un et l’autre ne disent du bout du bec que quelques platitudes.
 
Dans la cour de la ferme un jeune jars bien en chair
La tête entre les plumes s’engourdissait mollement
Quand une grue sauvage, toutes pattes en avant,
Atterrit devant lui, ayant quitté les airs.
 
De son si long périple interrompant le cours,
Elle vint trouver à terre un repos mérité.
Avisant l’adipeux qui n’avait pas bronché
Elle envia bien le sort de cet oiseau de cour.
 
« Dis donc, le jars, mon vieux, tu as bien profité
Des largesses de cette terre, c’est à se demander
Qui de nous deux vit mieux, toi qui sans cesse pleures
Ou moi qui toujours fuis vers je n’sais quel ailleurs.
 
On m’admire quand je pars, on salue mon retour,
Mais quand je suis au loin qui se soucie de moi ?
Au moins quand tu mourras on se régalera
Moi je décanillerai entourée de vautours.
 
– Mais toi, lui dit le jars, tu es libre comme l’air,
Tu vas où bon te semble en te laissant porter,
Confondant jour et nuit, hier ou jour d’après,
Sans attache ni contrainte, sans famille à nourrir.
 
Tu décides de ton heure, as tes entrées partout,
Ne dépends de personne et décrètes de tout.
– Mais je suis prisonnière de cette liberté,
Admirant les canards qui sont si casaniers
 
Envieuse même de ces poules qui n’ont rien à penser
Sachant qu’à la même heure viendra la même potée. »
Et ce pendant des heures, sans d’un pouce avancer
Les deux stupides oiseaux comparaient leurs journées.
 
On n’est jamais content du sort qui nous est fait
Oubliant si souvent que chacun se complait
Dans la médiocrité de son propre couplet.
Est-il un homme heureux qui saurait se l’avouer ?

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B
Elle est bizarre la photo de grues à droite... Sinon.... " au moins quand tu mourras on se régalera": c'est un avantage comparatif inattendu.  il  y a des schémas mentaux dans la psychologie des palmipèdes, une sorte de  fatalisme joyeux,  qui m'échappaient totalement jusqu'ici.  Cette fable doit être le fruit de longues recherches éthologiques...
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G
Bon d'accord, c'est un montage grossier, à droite. Pour l'anecdote, c'est l'église d'Assigny, celle qui ressemble à un gros nougat avec des morceaux dedans. Quant au aux palmipèdes, un peu d'indulgence pour mon imagination manifestement égarée...