La foire aux ânes
La reconnaissance du mérite. C'est le sujet d'oral que j'ai tiré au sort hier. Allons bon, j'ai cinq minutes d'exposé à tenir, autant dire qu'une fois annoncé un vague plan, il ne restera plus guère qu'à conclure. Alors, le mérite, voyons... l'exemple même de ce que je mets dans la catégorie "une belle idée en surface mais qui devient détestable lorsqu'on l'approfondit". Qui préfère-t-on en général, entre le nullasson laborieux et le dilettante pour qui c'est facile, entre le mérite et le talent ? Définir le mérite... L'évaluer par des critères... Ce qui demandera beaucoup d'efforts à l'un sera facile pour l'autre, les mêmes gestes, les mêmes tâches. Le mérite, c'est un examen de chacun avec sa conscience, il y a toujours un moment, passé le doute, où l'on s'exagère son mérite. A-t-on du mérite de faire des efforts quand on aime ce qu'on fait ? Le pire, c'est que lorsqu'on dit "il en a, du mérite", c'est souvent assorti d'un ton de commisération. Mais ce n'est pas une épreuve de psycho, là. Bon, rabattons-nous sur les vieux réflexes, un plan en deux parties et une conclusion prout-prout. Voilà. Plus j'y pense et plus je suis contre cette société du mérite. Le mérite au travail, c'est comme la parité en politique, on peut à la rigueur le constater, mais l'ériger en valeur, c'est pervers. Je ne vois pas quelle civilisation, par le passé, a pu se fonder sur le mérite. Dix minutes de préparation qui s'égrènent, mon esprit se vide lentement. Soudain je vois passer, juchée sur un âne, une birette qui ricane. "Tu n'as aucun mérite, me dit-elle, le sujet était connu d'avance". C'est vrai, les derniers candidats à la présidentielle en ont beaucoup parlé. C'est alors que Canard me tend une plume, et puisqu'il faut plancher, et bien, jouons le jeu. La suite, je ne m'en souviens plus bien, sinon que le jury n'était pas très bucolique.


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