Tes trop VIP
Canard, après son check-up avec Fox le Renard, se sentit l’âme d’un winner. Ce laborieux brainstorming l’avait un peu mis knock-out, mais après un bon week-end dans un bed and breakfast, un plan marketing mûrit doucement dans sa tête.
« Okay, se dit-il, fini le loser que j’étais, je vais devenir manager d’une start-up, dans un domaine plutôt hype : le coaching. Foin des happy hours dans des dancings top less à destination de webmasters stressés, ou des happenings avec un max de sponsors dans des show rooms. Ces cybernautes qui passent leur life dans des chats doivent pouvoir retrouver le goût des vraies choses. Je vais proposer à ces geeks un retour à la terre. »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Un business center fut installé à Chevaize, au milieu des champs. Pour les cadres les plus has been, un charter fut affrété, mais les VIP eurent droit à la business class. L’opération fut sponsorisée par le lobby des vignerons et des fromagers organisés en joint venture. Le training commença par un trekking dans la boue, puis du footing, un peu de tennis outdoor, et la soirée fut consacrée au scrapbooking. Avant d’aller se co
ucher, les managers over-bookés firent une standing ovation à Canard.
Avec un bon feedback, Canard diversifia rapidement ses activités pour proposer des "master-class nature" à la jet-society urbaine. La Canard life style devint de rigueur, et des autocollants "the Canard touch" apparurent à l'arrière des voitures.
La success story de Canard fit rapidement la une des meilleurs newsmagazines. Mais il devenait de plus en plus speed ; ce qui devait arriver arriva : il finit par se prendre pour une star. A une journaliste de Times, il déclara « je suis un must ». Malheureusement le best-of de ses conseils en coaching fut boudé par les médias, et le public se détourna.
Une poignée de happy few continua pourtant à suivre les aventures de Canard, sur un blog obscur où les private jokes et les runnings gags trouvaient encore quelques fans bienveillants. Le look Canard restait de mise chez quelques snobs, il fit même un come-back étonnant chez les teenagers.
Mais, à la longue, le fan club se lassa d'organiser des sit-in à Chevaize pour célébrer le Canard spirit. Le long de la voie communale rebaptisée Canard VC, les happy étaient de plus en plus few et le parking devint désert.
Canard, tel Algernon, retomba dans son oubli, et sa vie devint un nightmare à canard.