Quinze jours de la vie dune flamme
Puisqu’on en parle, voici en exclusivité une œuvre de Marie-Jo Brisson qui a été offerte en cadeau diplomatique. J’ai eu la chance de l’avoir quinze jours dans mon bureau et d’observer de curieuses mutations.
Au début je ne l’aimais pas du tout. Le premier matin, quand je suis arrivée, j’ai même sursauté devant cette chose informe et d’une couleur glauque posée dans la pénombre sur mon bureau. J’avoue, j’ai pensé à du moisi. Mais attendez avant de juger !
Il s’est passé ensuite plusieurs phénomènes étranges qui me persuadent qu’un peu de magie est emprisonnée dans cette terre et ces pigments.
D’abord les gens se sont mis à parler. À parler d’art. Pour beaucoup c’était une expérience inédite. Il aurait fallu filmer la première réaction de chaque visiteur dans mon bureau. Au moins personne n’était indifférent. C’était l’attraction, chacun y allait de son commentaire, de son ressenti, de son dégoût, de son adoration aussi. C’était très curieux, j’ai appris plein de choses sur ceux que je côtoie.
Ensuite la pirogue et les personnages se sont mis à changer de couleur, en fonction des changements de luminosité de la pièce, mais aussi de l’humeur des gens. Je vous jure que c’est vrai !
Alors je me suis mise à l’aimer. Maintenant je peux le révéler : j’ai substitué à l’œuvre originale une copie en pâte à sel (qui m’a demandé beaucoup de mal) qui doit être maintenant dans une vitrine, et depuis la vraie trône sur la télé.

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